Blade Runner 2049 : symphonie crépusculaire

35 ans ! 35 longues années qui avaient laissé aux fans cette impression douce amère que le chef d’oeuvre de Ridley Scott était une réalisation qui se suffirait à elle-même. Qu’il ne serait plus possible de l’enrichir, de la corriger ou de la réécrire. Une sensation confortable tant l’adaptation du livre de Philip K. Dick impliquait déjà une foultitude d’interprétations et que tout oeuvre de complément viendrait nécessairement mettre à mal toutes ces théories plus fascinantes les unes que les autres.

Nécessairement ? Quand on a appris que Ridley Scott voulait remettre le couvert, on a sauté de joie. Puis on a repensé à Prometheus,. On a commencé à s’inquiéter. On a vu Alien Covenant. On s’est dit que ça puait la merde. Mais quelqu’un était entré dans le game et venait de rebattre les cartes pour notre plus grand plaisir. Denis Villeneuve.

Un nom magique pour tous les cinéphiles depuis une dizaine d’années. Le Québecois est devenu en quelques films une référence du cinéma de genre : Prisoners, Sicario, Premier Contact. Autant d’œuvres captivantes dans la forme comme dans le fond. Fait rare aujourd’hui ou même un Christopher Nolan, obsessionnel du plan beau, balaie d’un revers de la main certaines considérations scénaristiques.

Alors on est allés voir le film. Quelques instants seulement nous auront laissé comprendre que le tandem Villeneuve réalisateur / Scott producteur était une excellente nouvelle pour nous, modestes mangeurs de pop-corn.

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L’officier K est un Replicant. Pas besoin de le deviner, c’est dit. Il est chargé de remettre dans le droit chemin les robots humanoïdes qui se soustrairaient à l’autorité des humains. Car désormais, hommes et machines vivent en bonne intelligence sur cette Terre toujours autant dévastée par la pollution. Sa mission : enquêter sur la possible naissance d’un enfant Replicant.

C’est possible ça ? #NoSpoiler

2h45 de plongée dans ce Los Angeles qui n’ pas gagné en douceur de vivre depuis le premier opus. La rencontre avec un Revenant. De nouveaux enjeux philosophiques. Et toujours cette même question : où est l’homme ? Où est la machine ? Bien malin qui saurait répondre. Les frontières s’étaient estompées autrefois. Elles sont devenues terriblement absentes. Au point de représenter un fardeau terrible pour tous.

Tout l’enjeu est là et le traitement qui lui est offert est fascinant de richesse. Ryan Gosling y est pour beaucoup. Froid, mécanique, comme sa fonction le suggère, sa nature cherche constamment à fendiller l’armure. Quand elle semble y parvenir, entre en scène Harrison Ford. L’Homme. Le Vrai. Ou pas d’ailleurs.

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De la tristesse, de la mélancolie. Il en a plein le regard. Dans ce décor crépusculaire où les souvenirs, les images du passé, et le fantasme d’artistes depuis longtemps oubliés, hantent cet homme jusqu’au bout de ses nuits.

S’opère un lent basculement vers la vérité. Mais quelle vérité ? Une vérité nécessairement subjective. l’histoire que chacun se raconte à soi-même. La conclusion d’une sublime pièce de théâtre où seul le spectateur aura vu les artifices. Les personnages restent, eux, prisonniers de leurs espoirs et de leurs regrets.

Le rideau tombe. Les images restent. Les notes de Vangelis résonnent une dernière fois. Toutes nos questions restent sans réponse. Mais au fond, est-ce important ?

Oui ? Non ? Tant pis. Tant mieux…

 

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