Under the silver lake : plongée au cœur du complot

Los Angeles. Mecque du cinéma et centre névralgique du star system américain. Une ville qui a acquis un nouveau statut dans les années 1940-50 : Hollywood est sur le déclin et certains réalisateurs de films commencent à quitter les studios pour parcourir les rues de la Cité des anges. Le film noir étant à la mode, la mise en abyme est évidente : pourquoi ne pas faire de L.A. un décor grandeur nature ? Orson Welles, Hitchcock, Fritz Lang puis Polanski, Lynch, les frères Coen, De Palma à partir des 1970 aiment à construire des histoires sombres et prenantes au cœur de la mégapole californienne.

David Robert Mitchell, le réalisateur du fabuleux It follows a vu, grandi avec et s’est imprégné de cette école du cinéma noir et néo-noir. Il a un projet totalement démentiel : en 2h20, rendre hommage à cette longue tradition des films noirs post-hollywoodiens tout en montrant le sens caché et commun qu’ils revêtent tous.

Un garçon de 33 ans va s’en charger : Max (Andrew Garfield). Un jeune homme, flemmard et voyeur qui vit le rêve hollywoodien à sa manière : sans emploi, il se rêve en future star tout en pétant des records sur Mario Bros. Lorsque Sarah (Riley Keough) fait irruption dans sa vie, il ne sait pas que cette magnifique et énigmatique voisine va l’embarquer dans une quête aussi imprévisible que fascinante.

silver_lakePour la retrouver, c’est un puzzle d’une taille inconnue qui s’étale devant lui. Une plongée dans un complot dont les implications dépassent largement ses ambitions de jeune raté.

Le sens. Une question qui va devenir une quête. Une quête qui va devenir une obsession. Car chaque fois que Max entrouvre une porte, ce sont des milliers d’interrogations supplémentaires qui s’offrent à lui. Fausses pistes ou vrais indices, le réalisateur aime à nous perdre. De son propre aveu d’ailleurs, il est vain d’expliquer ce qu’on voit à l’écran : tout est intentionnel, et rien ne l’est en même temps.

Une foultitude de références, d’impressions de déjà vu et de situations malaisantes finissent par mettre le spectateur dans un inconfort agréable. Derrière la surdose d’hommages à la musique, au cinéma, aux jeux vidéo…, un canevas New Age qui se tisse et se défait sous nos yeux ébahis. Une problématique terrifiante finit par nous hanter : la pop culture n’est-elle qu’un immense continuum ? Une construction moléculaire au cœur de laquelle quelques individus éclairés déclinent à l’infini les mêmes recettes tout en nous donnant l’illusion de variété ?

David Robert Mitchell pose la question, semble y répondre, puis se rétracte. En cela, il fait appel à notre intellect. Au delà de ce jeu permanent avec notre rationalité, le propos est salvateur : ayez l’humilité d’admettre que vous n’avez rien compris. Alors vous aurez envie de le revoir. Encore et encore. Plus les idées se bousculeront dans votre tête, plus le sens semblera apparaître, plus il se dérobera sous vos pieds. Vous commencerez à vous noyer dans le Silver Lake.

247319_2Sous la surface de l’eau, votre quête prendra fin. Chamboulé mais heureux d’avoir cherché à comprendre, vous n’aurez jamais autant apprécié d’avoir été pris pour un con. Et pour cela vous direz merci !

Brillant donc !

 

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