Youth : Papy fait de la Résistance

En voilà un titre qu’il est mystérieux. Pour un film qui va parler de vieux ! Ok gros craquage mental encore une fois. Et Sorrentino va nous lâcher un moment de pur délire métaphysique dont lui seul a le secret. Dans les montagnes suisses…

Quelque part au pays du chocolat et de l’horlogerie, il y avait une résidence. Un havre de paix perdu dans les alpages où chaque été se retrouvaient retraités et déprimés en mal de repos pour faire le vide, se ressourcer, se recentrer… Fred Ballinger, jadis immense chef d’orchestre, devenu mythe vivant, regarde les journées s’égrener jusqu’au crépuscule de sa vie alternant mélancolie et flegmatisme. Son meilleur ami, le légendaire réalisateur Mick Boyle, l’a rejoint, en recherche de l’ultime inspiration. Le souffle final qui fera de son dernier film la conclusion héroïque de sa carrière. Comme tout grand écrivain qui doit parachever son oeuvre, la dernière page est la plus complexe à accoucher.

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Mais les pâturages helvètes, les autres patients de l’institution et la Vie en personne vont devenir une source d’inspiration et de crainte délirante pour nos deux compères. Qui doivent se débattre contre eux-mêmes, affronter la terreur qu’inspirent leurs prostates, essayer de comprendre un monde qu’ils ont côtoyé tant de décennies et qui leur apparaît démesurément étranger…

Paolo Sorrentino n’a de son propre aveux, d’intérêt que pour les gens dans la force de l’âge. Il DivoThis must be the placeLa grande bellezza prenaient toujours la figure de l’ancien pour le confronter à son passé et les dangers de son présent. La Giovinezza s’inscrit dans cette longue tradition et magnifie la vieillesse à un degré encore jamais vu.

L’image est sublime, lumineuse. La caméra joue avec la symétrie, les couleurs, le mouvement. Les corps fripés sont splendides. Au milieu de ce torrent visuel, Michael Caine et Harvey Keitel se rendent la réplique avec brio, dans une légèreté lourde de sens. On rit beaucoup de voir ces deux amis raconter leurs ébats de jeunesse, se moquer des autres patients de l’institut et se dissimuler derrière leur prétendue sénilité pour distiller une méchanceté aussi doucereuse que jouissive.

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Se dessine le sentiment d’assister au Crépuscule des idoles, le final de prétendus génies qui ont été vénérés pour de mauvaises raisons. D’imbéciles égoïstes qui ont cru que leur art méritait de tout détruire sur leur passage, de vivre comme si les lendemains n’existaient pas. Mais le temps les rattrape. Et la conclusion qu’ils souhaitent la plus majestueuse possible les pousse à tout reconsidérer. L’humanité surgit dans leur vie et risque à tout instant de les terrasser.

Et à cet instant précis, lorsque l’homme redevient homme, ils parachèvent leurs œuvres. Ils entrent dans le Panthéon des dieux. Chacun comprend ce qu’ils ont été en vérité, combien leur absence va créer un grand vide et du narcissisme malsain qui les a animés toute leur vie va surgir une très grande lumière.

La dernière note résonne. Le carton de fin apparaît. Les mots s’évanouissent. Naissance, mort, jeunesse, vieillesse… Tout cela s’entremêle au profit d’une idée bien plus grande : l’éternité. Une éternité dont chaque artiste est le héraut. Une éternité inébranlable détachée de toute considération humaine. Une éternité révélée par deux papys gâteux qui ont enfin compris qu’ils ne savaient rien. Grandiose !

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