Il était une fois en Anatolie : Midnight pas Express

Comme le titre ne le suggère pas, ce film n’est pas un western turc. Pas de flingues, de trains à vapeur et autres scènes de duels. Le seul point commun avec le cinéma de Sergio Leone est ce soin d’alterner plans larges splendides et gros plans plus intimistes.

Mais de quoi ça cause alors? Trois voitures sur les routes de l’Anatolie pro-fonde. Deux meurtriers, un commissaire, un préfet, un médecin, deux chauffeurs et deux gendarmes. Tout ce beau monde dans un petit convoi à la recherche d’une fontaine. C’est vrai que pêle-mêle, ça semble un peu étrange.

Mais il faut comprendre que les deux meurtriers ont les menottes aux mains et sont là pour aider toute la petite troupe qui les accompagne à retrouver un « pote » qu’ils ont zigouillé et enterré l’avant-veille. Mais le problème, c’est que le moins bête des deux semble étrangement ne pas retrouver la mémoire comme il faudrait et ballade ces geôliers de fontaine en fontaine (quelle idée d’enterrer un mec à côté d’une fontaine?). Et vous imaginez que les fontaines dans les grandes plaines de l’Anatolie, ça n’est pas monnaie courante. D’où les fausses allures de road trip…

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L’étrangeté de l’ambiance qui s’en dégage résulte de la photographie. Du clair-obscur permanent avec pour décor des étendues de grandes herbes à perte de vue. Tout ça de nuit et avec pour seul éclairage les phares des trois voitures. Et lorsqu’il n’est pas question de trouver l’endroit tant espéré, les dialogues tournent au très drôle (fromage ou yaourt ?), à l’émouvant (une femme perdue) ou à la réflexion plus profonde sur l’arbitrage entre superstition et science. Et c’est peut-être là toute la magie de ce film : de s’emparer de sujets forts en adoptant un ton léger.

Et le glamour, le bling-bling dans tout ça? Les effets spéciaux aux abonnés absents, on sent clairement que le réalisateur a mis l’accent sur une photographie irréprochable, un scénario ambigu mais bien ficelé, et des acteurs qui ne surjouent pas mais s’imprègnent de manière magistrale de leur rôle. En bref: un nombre limité de protagonistes, des dialogues très recherchés, une tension omniprésente ; on assiste à une sorte de huis-clos tourné en plein-air.

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Et à Cannes, ça donne quoi? Le film fait clairement partie de ces sélectionnés en compétition qui sont là pour donner une étiquette « hommage au cinéma du monde». Et disons le, il a sa place dans cette grande messe du 7ème art. Certes pas de Brad Pitt et autres Pedro Almodovar mais un récit agréable à suivre et une belle réflexion sur la valeur d’une vie.

Parce que Cannes, c’est pas que du glamour, c’est aussi un immense amour du cinéma sous toutes ses formes. En témoigne un Grand prix du jury… Pas mal Monsieur Ceylan!

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