Winter Sleep : Une Palme d’Or méritée ?

Et bim! La Palme d’Or à Cannes! Au regard de la carrière du réalisateur turc, ce n’est qu’une demi-surprise. Déjà lauréat du Grand Prix pour Uzak et Il était une fois en Anatolie, respectivement en 2006 et 2011, le stambouliote tournait quand même dangereusement autour du trophée doré.

A l’instar de son précédent film (Bir zamanlar Anadolu’da), il fait le choix des larges perspectives de l’Anatolie pour raconter son histoire. Ce film, dont la devise pourrait être « Winter is coming » parle de la crainte qu’inspire l’hiver. Par contre rien à voir avec l’arrivée des Marcheurs Blancs, les loups ou Hodor. C’est l’enfermement, une sorte de mélancolie claustrophobe qui vient hanter les personnages et les rend particulièrement nerveux à la vue des premiers flocons.

Winter-Sleep-Stills

Aydin est un riche propriétaire terrien dans la soixantaine. Ayant hérité de moult propriétés, il vit de ses rentes et partage son temps entre l’écriture et la gestion de son hôtel. Un petit gîte de quelques chambres dans un habitat troglodyte au fin fond de la campagne turque. Hormis les quelques touristes qui passent par là, Aydin « compose » avec son homme de main, sa sœur et sa jeune femme. Ces 2 dernières semblent s’être fait une de spécialité de lui râper les raisins. De lui casser les couilles gratuitement.

Gratuitement? Pas tant que ça. Notre homme est intelligent, rationnel et sait ce qu’il veut. Mais il oublie parfois qu’il évolue au contact d’autres êtres humains: par le verbe, il se montre extrêmement autoritaire, voire cassant. Lorsque les siens cherchent un peu de réconfort ou simplement à discuter pour tuer le temps, il en vient vite à leur dire combien ils ne comprennent rien, combien leurs propos sont insignifiants. Froid, distant, il l’est aussi avec ses amis, ses locataires, ses clients et semble méconnaître le sens du mot « empathie ».

Pendant 3h16 (c’est pour qui le double maxi pop-corn?), tout gravite autour de ce personnage étonnant, à la fois très désagréable mais terriblement attachant dans l’incompréhension du monde qui l’entoure. Tous tentent de s’en détacher, de lui démontrer à quel point il n’est pas aussi essentiel à leurs yeux qu’il veut bien le dire. Mais ils échouent et tout ça le conforte dans son attitude hautaine.

Still from Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan's latest Cannes contender

Acteurs (mention spéciale à Melisa Sözen qui, sans le non-cumul des récompenses, devait recevoir le prix d’interprétation féminine), décors, dialogues, tout nous plonge dans ce presque huis-clos théâtral où chacun tente de ne pas perdre la face.

Le contraste entre les intérieurs chauds, intimistes voire étouffants et les splendides paysages anatoliens montre à quel point Nuri sait où poser sa caméra pour créer une ambiance, un climat, une vérité de et par l’image.

De ce film, on ne ressort pas frappé par la grâce. On ne quitte pas la salle avec le sentiment d’avoir vu le chef d’œuvre de 2014. Puis on y pense, on repense, on digère tout ça. Et on se dit qu’il y a une cohérence, que le réalisateur a voulu nous dire quelque chose. Mais ce quelque chose est indescriptible. On sait que le personne principal n’est pas étranger à ce sentiment. Oui plus de 180 minutes de parlote et ce qu’il faut saisir n’est pas dit: les attitudes, les gestes, les regards donnent une profondeur au propos. Car le projet est là: derrière les masques, les grands discours, les faux-semblants, chacun cherche un peu de réconfort, un peu d’amour.

Une œuvre qui se construit par la parole et où le non-dit triomphe. Juste magique!

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