Birdman : Ça vit d’air pur et d’eau fraîche un oiseau

Alejandro González Iñárritu. Les cinéphiles connaissent. Le grand public moins. 21 grammes, Babel, Biutiful sont autant de noms qui résonnent pour le spectateur averti mais ne font pas du discret réalisateur mexicain encore un grand d’Hollywood. Lorsqu’on a vu apparaître le pitch de son dernier film, on s’est dit que ça sentait un peu le moisi: une ancienne gloire des films de super héros qui tente de redevenir quelqu’un. Avec Michael Keaton en leading actor!

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Michael qui? Après avoir collectionné les seconds rôles dans les séries et les doublages de films d’animation, le premier interprète de Batman revient sur le devant de la scène. Oui, oui : le premier Batman! Tim Burton, Kim Basinger , Jack Nicholson et donc ce sosie officieux de notre Julien Lepers national avaient autrefois fait naître sur nos écrans pour la première fois l’homme chauve-souris. Après ce beau succès commercial et sa très bonne suite (Le Défi), Keaton disparaît des radars.

23 ans plus tard, il est de retour en haut de l’affiche! Mais cet étrange sentiment de récit autobiographique amuse très vite. Son personnage, Riggan Thompson, autrefois surnommé Birdman, a vécu de son succès sans vraiment avoir fait ce qu’on pourrait appeler une carrière d’acteur. A Broadway, c’est sur les planches, qu’il décide de se remettre en selle. Mais très vite, son égo surdimensionné s’écrase sur des considérations banales, les comptes que lui réclame sa famille, ses amis et sur la violence du milieu théâtral.

Premier plan : l’homme fait du yoga dans sa chambre en lévitation. En LEVITATION!!! C’est encore nawak ce film.

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Puis l’homme pose pied à terre, quitte sa chambre. 2h d’apnée viennent de débuter. Quelques minutes s’égrainent et on réalise que quelque chose ne tourne pas rond. Pourquoi cette putain de caméra ne veut pas s’arrêter? C’est un plan séquence! 10, 15, 20… minutes passent et aucune coupe. Il n’a pas osé quand même? Si! Un film d’un seul trait! Ou quasiment : quelques cuts discrets et une petite pause vers la fin aident ce prétendu monobloc à tenir.

Tout s’enchaîne donc à un rythme effréné : imaginez vous à parler et bouger sans discontinuer pendant plusieurs jours de suite. Épuisant, non? Aucune respiration, une succession d’actions jusqu’au climax.

Les acteurs entrent et sortent du champ ; la caméra rebondit de l’un à l’autre. Les dévoile dans ce qu’ils ont de plus intime : nus, dans la vérité de leur existence. Tout en dépeignant le milieu des faux semblants, du paraître, de la « mise en scène »: le théâtre! Plus que paradoxal, le propos est complètement schizophrène. A tel point qu’on se perd vite entre ce qui relève du réel, du jeu sur scène des acteurs et de leurs fantasmes. Car tout est fantasme.

Birdman

Keaton lui-même est tiraillé entre ses rêves de gloire, ses délires paranoïaques et l’amour impossible qu’il porte aux autres. Chaque personnage ne se définit que par le rapport qu’il a avec autrui, une sorte d’équilibre de la terreur balayé par une idolâtrie destructrice.

Idolâtrie destructrice qui implique une catastrophe à venir. Mais laquelle? Pourquoi? Cette tension omniprésente dérange puis fascine. Le casting n’est pas étranger à tout cela.

Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Emma Stone… Que de beau monde à l’écran pour cette fresque vertigineuse. Et puis Birdman. Cette figure mystérieuse, à la fois personnage principal et prétexte fictif : terrifiant, rassurant, idéal à atteindre ou garantie d’échouer, rarement un « super-héros » aura autant suscité la curiosité et la crainte.

On ressort de là époustouflé par la performance technique, la nervosité du récit, assommé par une batterie incessante qui rythme cet état de guerre de chacun contre chacun. Et puis les grilles de lecture se bousculent. Qu’a-t-on vu? Rien? Tout? Birdman! Juste Birdman!

En bonus, une petite galerie de fan arts particulièrement réussis

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