American Crime Story : guilty !

3 mars 1992. Les policiers qui ont passé à tabac Rodney King sont acquittés. Los Angeles s’embrase. Pendant près d’une semaine, des émeutes secouent la cité des anges, faisant 60 morts et de nombreux dégâts matériels.

Dans les mois qui vont suivre, l’Etat américain et les institutions publiques californiennes vont s’employer à restaurer le lien entre les citoyens et leurs forces de l’ordre. Et à réparer la fracture profonde qui sépare les communautés Afro, Hispanique et Européenne. 

12 juin 1994. Nicole Brown et son amant Ronald Goldman sont retrouvés assassinés à Brentwood, un quartier cossu de L.A. Très vite, les regards se tournent vers O.J. Simpson l’ex mari de Nicole. Les preuves qui accablent l’ancien légendaire joueur de football américain sont légion. Cependant, un obstacle énorme se dresse sur le chemin des enquêteurs et de la justice vers la vérité : Nicole et Ron sont Blancs, O.J. est Noir !

Les vieux démons de L.A. resurgissent. Le procès du siècle peut débuter.

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Dans l’univers des séries, il existe deux approches. La première consiste à laisser s’enchaîner les saisons et raconter une histoire années après années. La seconde, plus contemporaine, a un nom : l’anthologie. Chaque saison aurait son propre récit et on ne retrouverait que quelques points communs : acteurs, thème, réalisateurs, etc. On pense tout naturellement à True Detective et à American Horror Story dans le domaine.

Ce sont les équipes de cette dernière qui ont décidé de décliner l’intéressant format de l’horreur vers le récit des grands procès criminels. On y retrouve donc quelques acteurs et producteurs connus, et le même sens du rythme.

Respectivement le procureur Marcia Clark et O.J. Simpson, Sarah Paulson et Cuba Gooding Jr franchissent le pas d’AHS vers ACS. On découvre une ribambelle d’autres acteurs plus ou moins connus. David Schwimmer est l’avocat Robert Kardashian (oui oui, le père de Kim !). Kenneth Choi, Bruce Greenwood, Nathan Lane incarnent d’excellents personnages secondaires.

Néanmoins, la vraie surprise de la série est cachée dans le casting des deux principaux protagonistes de la défense. John Travolta himself est le mythique avocat Robert Shapiro. Aussi producteur de la série, il incarne à merveille cet ambitieux et machiavélique guerrier des tribunaux. Pourtant, il est surpassé à l’écran par Courtney B. Vance qui est habité par son rôle de Johnnie Cochran, la pierre angulaire de ce fascinant procès.

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Mais de vraies intentions et une équipe solide ne font pas une bonne série biographique. Il faut un matériau de départ. Et celui-ci est excellent ! Ce n’est pas l’histoire d’une star qui en assassine une autre. C’est la chronique d’un lieu et d’une époque.

Et de comprendre qu’une ville aussi lumineuse et cosmopolite que Los Angeles a vécu, jusqu’encore récemment au rythme des conflits interethniques. Dans un paradoxe fascinant : Hollywood et le star system côtoient au quotidien les gangs et la violence.

O.J. Simpson est le symbole de cette schizophrénie. Issu d’un milieu populaire, il s’en extraira, deviendra Blanc parmi les Blancs, et replongera pour être finalement jugé sur sa couleur de peau.

C’est une bataille de tranchées, où les acteurs se rendent coup pour coup. Les twists abondent et on s’impatiente de connaître le verdict. Et à la fin, il reste ce sentiment étrange presque angoissant : innocent ? coupable ? Là n’est plus le sujet. Là est tout le sujet…

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